L'IA et le terrain

Ce que vos porteurs de projet demandent à ChatGPT entre vos séances

Par William Sadrin · · 5 min de lecture

En bref. La plupart des porteurs de projet utilisent déjà ChatGPT, Claude ou un autre assistant entre leurs séances : pour reformuler une offre, préparer un questionnaire, analyser des entretiens, écrire un pitch. Le risque pour l'accompagnement tient en deux points : l'assistant ne connaît ni le projet ni ce qui a été décidé en séance, et l'accompagnant ne voit rien de ces échanges. Une IA utile au porteur doit garder la mémoire du projet, le pousser vers le terrain plutôt que de travailler à sa place, et laisser à l'accompagnant une vue sur ce qui s'est passé.

Le troisième conseiller dont personne ne parle

Faites le test à votre prochaine séance : demandez à votre porteur ce qu'il a demandé à une IA depuis la dernière fois. Il y a de bonnes chances qu'il réponde « pas mal de choses ». Une offre reformulée, une liste de personas, un business plan, un questionnaire d'entretien, une analyse de concurrence, parfois une décision de pivot discutée tard le soir avec ChatGPT (pas le meilleur moment pour pivoter, d'ailleurs).

Tout ça se passe hors de votre vue. Vous arrivez en séance avec ce que vous aviez décidé ensemble, et votre porteur arrive avec ce que l'assistant lui a suggéré entre-temps. Il arrive que les deux ne soient pas d'accord, et vous ne le découvrez qu'au détour d'une phrase.

Ce que l'assistant fait bien

Soyons honnêtes, les assistants rendent de vrais services aux porteurs :

  • structurer une idée floue en quelques blocs lisibles ;
  • préparer une grille d'entretien et éviter les questions qui orientent la réponse ;
  • résumer des dizaines de verbatims ;
  • écrire un premier jet de mail de prospection ou de page d'accueil ;
  • expliquer un concept (une marge brute, un BFR, une cap table) sans faire perdre la face.

Un porteur qui utilise bien l'IA arrive en séance avec plus de matière. C'est plutôt une bonne nouvelle pour vous.

Les trois risques pour l'accompagnement

1. Une IA sans contexte produit des conseils génériques

Sans contexte, l'IA est un stagiaire sous stéroïdes : très rapide, très cultivé, mais il ne sait rien de votre porteur. Elle ne connaît pas les douze entretiens qu'il a menés, ni la cible que vous avez écartée ensemble le mois dernier. Si le contexte du projet est flou, l'IA produit du flou, avec beaucoup d'assurance.

2. L'IA devient une excuse pour éviter le terrain

C'est le risque qui m'inquiète le plus. Parler à des inconnus est inconfortable, et l'IA offre une sortie parfaite : on peut produire un persona, une étude de marché et un pitch convaincants sans avoir parlé à un seul client. Justine le voit dans les équipes qu'elle coache : certaines passent plus de temps à retranscrire et analyser leurs entretiens qu'à en mener de nouveaux.

3. L'accompagnant perd la vue sur le raisonnement

Quand une décision importante a été préparée avec un assistant, vous ne voyez que le résultat. Vous ne savez pas quelles hypothèses ont été prises, ni si elles reposent sur le terrain ou sur ce que l'IA a « estimé ». Votre rôle consiste justement à questionner ce raisonnement.

Comment en faire un appui

  • Parlez-en ouvertement. Ajoutez une question à votre point d'étape : « qu'as-tu travaillé avec une IA cette semaine ? ». Le sujet sort du non-dit, et vous voyez où le porteur en est.
  • Réservez l'IA à la préparation et à l'analyse. L'IA prépare l'entretien, le porteur le mène, l'IA l'aide ensuite à en tirer les signaux. Une règle qu'applique Justine dans ses programmes : un seul ordinateur par équipe, pour que tout le monde ne reste pas devant un écran.
  • Exigez la preuve terrain derrière chaque décision. Une hypothèse « validée » doit renvoyer à des entretiens, pas à une réponse d'assistant.
  • Donnez au porteur une IA qui connaît son projet. Une IA qui garde la mémoire des entretiens, des hypothèses et des décisions donne des réponses beaucoup plus justes qu'un assistant générique à qui il faut tout réexpliquer.

L'approche de La Mashine

C'est pour ça que nous avons construit La Mashine. Le porteur y travaille avec une IA qui garde la mémoire de son projet : ses recherches, ses entretiens, ses hypothèses, ses décisions et leur historique. Elle l'aide à préparer, à analyser et à prioriser, et elle le renvoie vers le terrain. L'entrepreneur reste l'agent : c'est lui qui décide et qui va parler aux gens. L'IA sert de harnais.

Côté accompagnant, vous voyez ce qui a bougé depuis la dernière séance et les points encore incertains, avec une alerte quand une décision importante se prépare. Vous intervenez avant que le pivot soit acté, et c'est vous qui conseillez. La Mashine ne décide jamais à votre place.

Questions fréquentes

Faut-il interdire ChatGPT aux porteurs de projet accompagnés ?

Non. L'interdire ne marche pas et prive les porteurs d'un outil utile pour structurer, préparer et analyser. Il vaut mieux en parler ouvertement en séance et exiger que chaque décision repose sur des preuves terrain plutôt que sur une réponse d'assistant.

Quelle est la différence entre ChatGPT et une plateforme d'accompagnement avec IA ?

Un assistant généraliste ne connaît pas le projet au-delà de la conversation en cours, et l'accompagnant ne voit pas les échanges. Une plateforme d'accompagnement avec IA garde la mémoire du projet (entretiens, hypothèses, décisions) et donne aux accompagnants une vue sur l'avancée, pour qu'ils puissent intervenir au bon moment.

L'IA peut-elle remplacer un coach ou un accompagnant ?

Non. L'IA peut compiler, résumer et préparer. Elle n'a ni l'expérience, ni le vécu, ni l'instinct d'un accompagnant, et elle ne connaît pas l'écosystème. Elle peut en revanche libérer la séance de la remise en contexte, pour que l'accompagnant se concentre sur le conseil et la décision.

Comment savoir si un porteur utilise l'IA pour éviter le terrain ?

Regardez le ratio entre ce qu'il produit et ce qu'il a entendu : beaucoup de documents, peu d'entretiens documentés, des hypothèses « validées » sans verbatims. Demandez-lui de citer mot pour mot ce que trois clients potentiels lui ont dit cette semaine.

William Sadrin

William Sadrin

Cofondateur et CCO de La Mashine

Ex-journaliste aux Échos et à Capital Finance passé par l’accompagnement à la levée de fonds, il anime la communauté d’entrepreneurs de La Mashine.

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